Haies mellifères : tailler au bon moment sans priver les abeilles

Haies mellifères : tailler au bon moment sans priver les abeilles

Par une journée douce de fin d’hiver, les butineuses rentrent à la ruche les pattes chargées de pollen. Il vient souvent des chatons de noisetier et des saules, puis des premières fleurs blanches du prunellier. Si la haie voisine a été taillée à ras quelques semaines plus tôt, une partie de cette récolte n’aura jamais lieu, et personne ne fera le rapprochement.

Ce que la taille d’hiver enlève vraiment

Beaucoup d’arbustes de haie fleurissent sur du bois formé les années précédentes. Les chatons du noisetier sont déjà en place dès l’automne. Le prunellier et l’aubépine portent leurs fleurs sur des rameaux qui ont au moins une saison. La ronce, elle, ne fleurit que sur ses tiges de deuxième année. Tailler chaque hiver les deux faces et le dessus d’une haie, c’est donc supprimer méthodiquement une bonne part des fleurs du printemps suivant.

Le lierre est un cas à part, et un cas important pour qui a des ruches. Il ne fleurit que sur ses tiges adultes, celles qui ont atteint la lumière, souvent au sommet de la haie ou le long des troncs. Sa floraison d’automne compte parmi les dernières grandes ressources avant l’hiver. Une coupe au carré du dessus de la haie en plein mois d’octobre la fait disparaître en un seul passage.

Un calendrier en partie fixé par les oiseaux

On ne peut pas pour autant tailler au printemps, juste après la floraison, comme on le ferait d’un arbuste d’ornement. Au printemps et en été, la taille des haies est déconseillée pour ne pas détruire les nids. Les exploitants agricoles ont en plus une période d’interdiction fixée par la réglementation de la PAC ; la DDT ou la chambre d’agriculture en donnent les dates.

La fenêtre utile s’étend donc de la fin de l’été à la fin de l’hiver, et l’ordre des passages y fait la différence. Les haies riches en lierre gagnent à être taillées une fois la floraison du lierre terminée, en fin d’automne ou en hiver. Les portions de noisetiers, de prunelliers et d’aubépines perdront une partie de leurs fleurs quelle que soit la date choisie : pour elles, la réponse n’est pas dans le calendrier, mais dans la quantité de haie que l’on coupe.

Choisir ce que l’on garde en fleurs

Une haie mellifère n’a pas besoin d’être reprise intégralement chaque année. Le plus simple consiste à repérer, au printemps, les portions qui fleurissent le plus et celles que les abeilles fréquentent vraiment. Celles-là seront taillées en dernier, ou un hiver sur deux. La face exposée au sud, qui fleurit la première et attire les butineuses dès les premières tiédeurs, mérite le même traitement.

Prenons une haie de trois cents mètres qui longe un rucher. La face nord et le dessus peuvent être repris chaque hiver sans grand dommage pour les abeilles. La face sud, riche en prunelliers, attend un hiver sur deux. La portion envahie de lierre passe en dernier, quand sa floraison est finie depuis longtemps. Rien de sophistiqué : il suffit de décider à l’avance, plutôt qu’au volant, ce que l’on coupe cette année.

Sur quelques mètres, cela se fait au sécateur. Sur plusieurs centaines, l’outil change tout. Un taille haie hydraulique monté sur le tracteur permet de traiter une face, le dessus ou le gabarit complet, passage par passage, et de s’arrêter net au début d’une portion qu’on a décidé d’épargner. Sa barre de coupe à sections tranche proprement le bois jeune, ce qui compte pour une haie qu’on veut voir repartir et refleurir.

À l’inverse, un passage d’épareuse à fléaux sur toute la hauteur, chaque année au même gabarit, donne une haie nette de loin et pauvre de près : des rameaux courts, souvent éclatés, qui portent peu de fleurs.

Un mot pour ceux dont les ruches sont posées au pied de la haie. En hiver, la colonie vit en grappe et supporte mal d’être secouée. Gardez le tracteur à bonne distance des ruches, ne dirigez pas les projections de la barre vers elles, et reprenez à la main la portion la plus proche si nécessaire.

Une haie qui fleurit jusqu’au pied

La forme compte autant que le calendrier. Taillée en trapèze, avec une base plus large que le sommet, la haie laisse la lumière atteindre ses branches basses, qui restent garnies. Taillée en mur, ou plus large en haut qu’en bas, elle se dégarnit par le pied et concentre ses fleurs au sommet, là précisément où la prochaine coupe les enlèvera.

Le pied de la haie mérite aussi qu’on le laisse tranquille. Une bande d’herbe haute, quelques ronces tenues en respect ou un églantier conservés le long de la haie prolongent les floraisons et abritent de nombreux pollinisateurs sauvages, dont une bonne partie niche dans le sol ou dans les tiges creuses.

Pour piloter tout cela, un plan sommaire de la propriété suffit. Notez chaque hiver les portions taillées et la face concernée, et chaque printemps celles où les abeilles se pressent. Au bout de deux saisons, vous saurez quelles haies peuvent attendre une année de plus, et lesquelles ne doivent jamais passer sous la barre en même temps.

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