Planter pour les abeilles : les questions à se poser avant de semer

Planter pour les abeilles : les questions à se poser avant de semer

Le sachet promettait une « prairie fleurie pour les abeilles ». En juin, le résultat est superbe : coquelicots, bleuets, nigelles. En septembre, il ne reste que des tiges sèches et les abeilles butinent ailleurs. Ce scénario est très courant. Il ne vient pas d’un manque de soin, mais de quelques questions qu’on ne s’est pas posées avant de semer.

De quelles abeilles parle-t-on ?

Quand on dit « abeille », on pense à l’abeille domestique, celle des ruches. Elle n’est pourtant qu’une espèce parmi près d’un millier recensées en France. Les autres sont des abeilles sauvages : osmies, andrènes, collètes, xylocopes, mais aussi les bourdons. La plupart vivent en solitaires, ne produisent pas de miel à récolter, et pollinisent une grande partie des fleurs du jardin et du potager.

La distinction a des conséquences pratiques. Beaucoup d’abeilles sauvages ne s’éloignent que de quelques centaines de mètres de leur nid, quand l’abeille domestique peut aller butiner à plusieurs kilomètres de sa ruche. Certaines ne récoltent leur pollen que sur un groupe restreint de plantes : la collète du lierre, par exemple, dépend en grande partie des fleurs de lierre, à l’automne. Pour ces espèces, votre jardin et ceux de la rue forment souvent tout leur territoire.

Qu’est-ce qui fleurit chez vous en mars, et en septembre ?

Un jardin peut déborder de fleurs en mai et rester désert le reste de l’année. Or les besoins s’étalent de la fin de l’hiver à l’automne. Les reines de bourdons sortent dès les journées douces de février ou de mars et doivent trouver rapidement de quoi se nourrir pour fonder leur colonie. À l’autre bout de la saison, les colonies d’abeilles domestiques constituent leurs dernières réserves, et la collète du lierre ne vole qu’à la fin de l’été et en automne.

Le plus simple est de dresser l’inventaire mois par mois : notez la période de floraison de chaque plante du jardin, puis repérez les mois vides. Pour cela, on peut s’appuyer sur des fiches plantes et calendriers de floraison, en gardant à l’esprit que les dates se décalent de plusieurs semaines entre le nord et le sud du pays. Dans beaucoup de jardins, les creux tombent à la sortie de l’hiver et à la fin de l’été, une fois passées les grosses floraisons de juin.

Pour la fin de l’hiver, le saule marsault, le noisetier, les crocus, les hellébores ou le mahonia fournissent un pollen précieux. Pour l’automne, le lierre en fleur, les asters, l’orpin d’automne et l’abélia prennent le relais.

Les fleurs que vous aimez sont-elles accessibles ?

Beaucoup de variétés horticoles ont été sélectionnées pour leurs fleurs doubles : pivoines très pleines, roses aux pétales serrés, dahlias pompons. Dans ces fleurs, une partie des étamines s’est transformée en pétales, et le nectar, quand il en reste, devient difficile à atteindre. Pour une abeille, un pied de dahlia à fleur simple vaut bien plus qu’un massif de doubles somptueux.

La forme compte aussi. Les fleurs à corolle profonde, comme celles des sauges ou de la consoude, sont surtout visitées par les bourdons à longue langue ; les petites fleurs ouvertes des ombellifères ou des asters conviennent aux abeilles de petite taille. Varier les formes, c’est varier les visiteurs.

Où vont-elles nicher ?

Nourrir les abeilles ne sert pas à grand-chose si elles n’ont nulle part où pondre. Une grande partie des abeilles sauvages creusent leur nid dans le sol, dans une terre nue, ensoleillée et peu dérangée. Un talus exposé au sud que l’on ne paille pas, une bordure de sentier jamais bêchée, un bout de terre battue au pied d’un mur suffisent souvent.

D’autres espèces s’installent dans les tiges creuses ou à moelle tendre : ronce, sureau, tiges sèches de vivaces. Laisser ces tiges debout jusqu’au printemps, au lieu de tout couper en novembre, leur offre des abris sans rien dépenser. Quant aux hôtels à insectes, ils ne rendent service que s’ils sont bien conçus : des tiges ou des trous de diamètres variés, d’une dizaine de centimètres de profondeur, fermés au fond, protégés de la pluie et tournés vers le soleil du matin. Les compartiments garnis de pommes de pin ou de paille servent surtout à décorer.

Êtes-vous prêt à accepter un peu de désordre ?

Un jardin accueillant pour les abeilles n’est pas un jardin négligé, mais il tolère des zones moins tenues : une pelouse tondue moins souvent où fleurissent trèfle, pissenlits et pâquerettes, un coin d’orties, du lierre sur un vieux mur. Tondre une partie de la pelouse toutes les trois ou quatre semaines plutôt que chaque semaine laisse au trèfle le temps de fleurir.

La même tolérance vaut pour les traitements. Les pesticides de synthèse sont interdits aux particuliers, mais certains insecticides encore utilisables au jardin, y compris des produits admis en agriculture biologique comme les pyréthrines naturelles, restent toxiques pour les pollinisateurs. Lisez l’étiquette, ne traitez jamais une plante en fleur et, si un traitement est inévitable, faites-le le soir, quand les abeilles ne volent plus.

Si vous ne deviez faire qu’une chose cet automne, glissez quelques dizaines de bulbes de crocus dans la pelouse. Plantés maintenant, ils fleuriront en février ou en mars, au moment où les premières reines de bourdons sortent affamées. Il suffira ensuite de retarder la première tonte jusqu’à ce que leurs feuilles jaunissent.

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